L'essentiel en 5 points
- Une ITE modifie l'aspect extérieur d'une construction existante : la déclaration préalable de travaux (DP) est obligatoire, sans seuil de surface (article R. 421-17 du code de l'urbanisme).
- Instruction en 1 mois, portée à 2 mois dès qu'un avis de l'Architecte des Bâtiments de France est requis. Passé ce délai, le silence de la mairie vaut non-opposition.
- Le PLU peut imposer teintes, matériaux et implantation. L'article L. 152-5 du code de l'urbanisme permet d'y déroger dans la limite de 30 cm de dépassement, sauf dans les périmètres patrimoniaux.
- Façade à l'alignement du trottoir : la DP ne suffit pas, il faut une autorisation du gestionnaire de voirie. En limite de propriété privée, le droit de surplomb issu de la loi Climat et Résilience autorise jusqu'à 35 cm sur le fonds voisin, sous conditions.
- En copropriété, la façade est une partie commune : vote en assemblée générale à la majorité de l'article 25 f), avec passerelle possible vers l'article 24. Compter 18 à 30 mois entre la première AG et la fin du chantier.
La déclaration préalable de travaux : quand, comment, quels délais
Le raisonnement de l'administration est simple : une ITE recouvre l'intégralité des murs extérieurs, change la texture, souvent la couleur, et modifie l'épaisseur des tableaux de fenêtres. C'est donc une modification de l'aspect extérieur d'une construction existante, visée par l'article R. 421-17 du code de l'urbanisme. Aucun seuil de surface n'est prévu : isoler un seul pignon relève de la même formalité qu'isoler quatre façades.
Beaucoup de propriétaires pensent échapper à la DP parce qu'ils font « seulement un ravalement avec isolant ». C'est faux. Un ravalement à l'identique peut, selon les communes, être dispensé de formalité ; une ITE ne l'est jamais, puisqu'elle épaissit le mur et change le revêtement.
Qui dépose le dossier
Le propriétaire pour une maison individuelle, le syndic au nom du syndicat des copropriétaires pour un immeuble (après habilitation votée en AG), ou une entreprise mandatée par écrit. Beaucoup d'installateurs proposent de monter le dossier : vérifiez que le mandat figure noir sur blanc dans le devis et que vous restez destinataire des courriers de la mairie.
Les pièces qui font la différence
- Le formulaire Cerfa n° 13703, dans sa version en vigueur au moment du dépôt.
- Un plan de situation, des photographies de près et de loin, un plan de masse si l'emprise au sol évolue.
- Les plans de façade avant et après travaux, cotés : c'est la pièce que l'instructeur regarde en premier.
- Une notice descriptive précisant l'épaisseur totale rapportée, le système (enduit mince sur polystyrène, enduit hydraulique sur laine de roche, bardage ventilé…), la finition et la référence exacte de teinte.
- Un document graphique d'insertion si le service urbanisme le demande, et le traitement prévu pour les points singuliers : appuis de fenêtre, débords de toiture, descentes d'eaux pluviales, coffrets de comptage.
Le dépôt se fait en ligne sur le guichet numérique de la commune (la saisine par voie électronique est généralisée depuis 2022 pour les communes de plus de 3 500 habitants), ou par dépôt en mairie et courrier recommandé. Conservez le récépissé : il porte la date de dépôt et le numéro de dossier, qui font courir tous les délais.
Après le dépôt
La mairie dispose du premier mois pour réclamer des pièces manquantes ; dans ce cas, le délai d'instruction redémarre à réception des compléments. À l'expiration du délai, l'absence de réponse vaut décision de non-opposition tacite. Demandez alors un certificat de non-opposition au service urbanisme : c'est le document que réclamera le notaire à la revente.
Deux obligations sont régulièrement oubliées : l'affichage sur le terrain d'un panneau réglementaire d'au moins 80 cm, visible depuis la voie publique et maintenu pendant toute la durée du chantier, et la déclaration attestant l'achèvement et la conformité des travaux (DAACT) déposée à la fin. La DP reste valable trois ans et peut être prorogée deux fois un an.
| Configuration | Démarche d'urbanisme | Autorisation complémentaire | Délai à anticiper |
|---|---|---|---|
| Maison en retrait de la voie, hors périmètre protégé | Déclaration préalable | Aucune | ~1 mois |
| Bâtiment dans les abords d'un monument historique ou en site patrimonial remarquable | Déclaration préalable avec consultation de l'ABF | Accord de l'ABF (avis conforme) | ~2 mois |
| Immeuble classé ou inscrit au titre des monuments historiques | Autorisation au titre du code du patrimoine | Instruction DRAC / UDAP | Plusieurs mois, ITE rarement acceptée en façade principale |
| Façade implantée à l'alignement de la voie publique | Déclaration préalable | Autorisation de saillie / permission de voirie du gestionnaire | 1 à 3 mois, à lancer en parallèle |
| Mur en limite séparative avec un voisin | Déclaration préalable | Accord amiable écrit ou droit de surplomb (art. L. 113-5-1 du CCH) | Jusqu'à 6 mois si le voisin ne signe pas d'accord |
| Immeuble en copropriété | DP déposée par le syndic au nom du syndicat | Résolution d'AG + habilitation du syndic | 12 à 24 mois |
| Projet dépassant les règles d'implantation ou de hauteur du PLU | DP + demande de dérogation motivée (art. L. 152-5) | Aucune, mais instruction plus argumentée | 1 à 2 mois |
| Échafaudage ou base vie sur trottoir / stationnement | Sans objet | Autorisation d'occupation temporaire du domaine public (redevance) | 2 à 6 semaines |
Le PLU et les contraintes locales de matériaux et de teintes
Le plan local d'urbanisme est la vraie source des mauvaises surprises. Deux communes voisines peuvent avoir des règlements radicalement différents sur un même type de bâtiment. Le document est consultable en mairie et, pour la plupart des communes, sur le Géoportail de l'urbanisme : lisez le règlement de la zone concernée avant même de faire chiffrer les travaux.
Les articles relatifs à l'aspect extérieur peuvent imposer :
- un nuancier communal de teintes admises, parfois très restrictif (blancs cassés, ocres, gris clairs) ;
- un type de finition : enduit taloché ou gratté fin, interdiction des enduits brillants ou des bardages plastiques ;
- la conservation des modénatures : corniches, bandeaux, encadrements de baies, chaînages d'angle, qui doivent être restitués ou contournés ;
- le maintien de matériaux apparents caractéristiques (pierre de taille, brique, pans de bois) sur tout ou partie de la façade ;
- des règles d'implantation : recul minimal par rapport à la limite séparative ou à l'alignement, que 16 à 20 cm d'isolant suffisent à faire franchir.
La dérogation prévue pour l'isolation
L'article L. 152-5 du code de l'urbanisme permet à l'autorité compétente de déroger aux règles du PLU relatives à l'emprise au sol, à la hauteur, à l'implantation et à l'aspect extérieur pour permettre une isolation par l'extérieur. La dérogation est plafonnée à un dépassement de 30 cm par rapport aux règles d'implantation, et concerne les bâtiments achevés depuis plus de deux ans. Elle ne s'applique pas aux immeubles classés ou inscrits au titre des monuments historiques, à ceux situés dans leurs abords, dans un site patrimonial remarquable, dans un site inscrit ou classé, ni aux constructions protégées par le PLU lui-même.
Concrètement, cette dérogation se demande dans le dossier de déclaration préalable, avec une note motivée : gain énergétique attendu, absence de solution alternative équivalente, impact réel sur le voisinage. Elle n'est pas automatique.
Dernier point souvent ignoré : le décret dit des « travaux embarqués » (n° 2016-711) impose, sous conditions, d'isoler à l'occasion d'un ravalement important. Des dérogations existent (impossibilité technique, disproportion économique, contraintes patrimoniales), mais la question doit être posée en amont plutôt que découverte en cours de chantier. Les règles variant fortement d'un territoire à l'autre, il est utile de comparer les pratiques locales avant de figer un projet ; notre panorama des régions permet de situer les grandes différences d'approche.
Le cas des Architectes des Bâtiments de France
Trois périmètres déclenchent l'intervention de l'ABF : les abords d'un monument historique (rayon de 500 mètres ou périmètre délimité des abords), les sites patrimoniaux remarquables (qui ont remplacé secteurs sauvegardés, ZPPAUP et AVAP), et les sites inscrits ou classés. Dans ces périmètres, l'avis de l'ABF est un avis conforme : un refus s'impose au maire, qui ne peut pas délivrer l'autorisation.
Sur un immeuble lui-même classé ou inscrit, on ne parle plus d'aspect extérieur mais de protection du monument : une ITE sur la façade patrimoniale est, en pratique, presque toujours écartée.
Ce que l'ABF examine
Le raisonnement porte sur la lecture architecturale de la façade : pierre ou brique apparente, jeu des reliefs, profondeur des tableaux de fenêtres, dessin des corniches, rapport à la rue. Une ITE de 16 cm qui « noie » un encadrement de baie et fait disparaître 12 cm de tableau modifie la perception de tout l'immeuble, même avec une teinte identique.
Les compromis qui passent
- ITE sur les pignons et la façade arrière, isolation par l'intérieur sur la façade sur rue.
- Restitution à l'identique des modénatures en éléments moulés, avec profils validés en amont.
- Isolants de plus faible épaisseur à haute performance (polyuréthane, panneaux sous vide, aérogel) pour limiter la saillie.
- Systèmes à finition minérale (enduit à la chaux) plutôt qu'enduit organique, sur les bâtiments anciens en maçonnerie perméable à la vapeur.
Le réflexe le plus rentable : demander un rendez-vous de conseil à l'UDAP du département avant de déposer, avec les photos et un échantillon de teinte. Un projet pré-arbitré évite un refus qui coûte deux à quatre mois.
Le débord sur le domaine public ou sur la propriété voisine
Une ITE ajoute typiquement 14 à 22 cm au nu extérieur du mur, en cumulant l'isolant, la colle ou l'ossature, l'éventuelle lame d'air et la finition. Sur une maison au milieu de sa parcelle, personne ne s'en aperçoit. Sur une façade en limite, c'est le point de blocage numéro un.
Façade en limite de voirie
Si le mur est implanté à l'alignement, l'isolant déborde sur le domaine public : c'est une saillie permanente. La déclaration préalable ne vaut pas autorisation d'occuper le domaine public. Il faut obtenir, en plus, une autorisation du gestionnaire de la voie : la commune pour une voie communale, le département ou l'État selon le statut de la route.
Le règlement de voirie local fixe les saillies admises. Les services raisonnent surtout en largeur de trottoir restante : la réglementation accessibilité retient un cheminement libre de 1,40 m (1,20 m en cas de contrainte avérée). Sur une ruelle avec 90 cm de trottoir, un refus est probable, et la seule issue est alors l'isolation par l'intérieur de cette façade. Ce cas est fréquent dans les tissus urbains denses : les propriétaires d'immeubles en Île-de-France y sont particulièrement confrontés, avec en prime la superposition des périmètres ABF.
Distinguez bien deux autorisations : la saillie permanente de l'isolant, et l'occupation temporaire pour l'échafaudage, la benne et la base vie, qui donne lieu à une redevance journalière calculée par la commune.
Mur en limite séparative
Côté privé, la règle civile est sévère : un empiètement, même de quelques centimètres, sur le terrain d'autrui expose à une demande de suppression. C'est précisément ce blocage que le législateur a voulu débloquer en 2021.
Le droit de surplomb créé par la loi Climat et Résilience
L'article 172 de la loi n° 2021-1104 du 22 août 2021 a créé l'article L. 113-5-1 du code de la construction et de l'habitation ; le décret n° 2022-926 du 23 juin 2022 en a fixé les modalités. Le propriétaire qui isole par l'extérieur un bâtiment existant bénéficie d'un droit de surplomb du fonds voisin, assorti le cas échéant d'un droit d'accès temporaire pour installer l'échafaudage.
Les limites posées par le texte
- Surplomb de 35 cm maximum sur le fonds voisin.
- Le dispositif ne joue que si aucune autre solution technique ne permet d'atteindre un niveau d'efficacité énergétique équivalent, ou si cette autre solution présente un coût ou une complexité excessifs.
- L'ouvrage ne peut être réalisé à moins de 2 mètres au-dessus du pied du mur, du pied de l'héberge ou du sol, sauf accord des deux propriétaires sur une hauteur inférieure.
La procédure, étape par étape
- Notification formelle au propriétaire du fonds voisin, avec les documents listés par le décret : description des travaux, épaisseur du complexe isolant, emprise du surplomb, calendrier, modalités d'accès.
- Le voisin dispose de six mois pour s'opposer, et son opposition doit reposer sur un motif légitime et sérieux tenant à l'usage présent ou futur de sa propriété, ou sur le non-respect des conditions de fond.
- Une indemnité est due au propriétaire du fonds surplombé, et l'accès temporaire fait l'objet d'une convention encadrant durée, horaires, remise en état.
- La servitude est formalisée par acte authentique et publiée au fichier immobilier, pour être opposable aux futurs acquéreurs des deux terrains.
En pratique, ce dispositif est un filet de sécurité, pas un raccourci. Un accord amiable écrit avec le voisin, signé avant le dépôt de la DP, reste la voie la plus rapide et la moins coûteuse. Le droit de surplomb sert quand le dialogue échoue — au prix de six mois d'attente et de frais d'acte.
L'ITE en copropriété : vote en AG et majorité requise
Les murs de façade sont des parties communes. Aucun copropriétaire ne peut faire isoler « son » morceau de mur : la décision appartient à l'assemblée générale.
Faire inscrire le projet à l'ordre du jour
Adressez au syndic une demande écrite avec accusé de réception, accompagnée du projet de résolution et d'au moins un devis. Le syndic doit l'inscrire à l'ordre du jour de la prochaine assemblée. La convocation part au minimum 21 jours avant la séance. Une AG se tenant en général une fois par an, une demande envoyée après la convocation fait perdre douze mois : c'est l'erreur de calendrier la plus coûteuse en copropriété.
Les majorités applicables
Les travaux d'économie d'énergie relèvent du f) de l'article 25 de la loi du 10 juillet 1965, c'est-à-dire de la majorité des voix de tous les copropriétaires, présents ou non. La passerelle de l'article 25-1 adoucit fortement cette exigence, et la loi du 9 avril 2024 relative à l'habitat dégradé a rétabli une seconde chance spécifique à la rénovation énergétique.
| Décision | Majorité | Base légale | En pratique |
|---|---|---|---|
| Travaux d'économie d'énergie sur parties communes (ITE) | Majorité des voix de tous les copropriétaires | Art. 25 f) | Vote principal du projet |
| Second vote immédiat si le projet a recueilli au moins un tiers des voix de tous les copropriétaires | Majorité des voix exprimées des présents, représentés et votants par correspondance | Art. 25-1 | La « passerelle » : évite de reconvoquer une AG |
| Nouvelle AG dans les 3 mois sur un projet identique, si moins d'un tiers des voix | Majorité de l'article 24 | Art. 25-1, loi du 9 avril 2024 | Seconde chance propre aux travaux d'économie d'énergie |
| Travaux d'intérêt collectif sur parties privatives (balcons, loggias), aux frais du copropriétaire du lot | Art. 25 f) puis 25-1 | Art. 25 f) | Permet de traiter les ponts thermiques ponctuels |
| Choix de l'entreprise dans l'enveloppe votée, maîtrise d'œuvre, honoraires de suivi | Majorité de l'article 24 | Art. 24 | Résolutions groupées avec le vote principal |
| Décisions touchant à la jouissance des parties communes ou à la surélévation | Majorité des copropriétaires représentant au moins les deux tiers des voix | Art. 26 | Rarement nécessaire pour une simple ITE |
Après le vote
Le procès-verbal est notifié aux copropriétaires opposants et défaillants, qui disposent de deux mois pour contester la décision. Prévoyez dans la même assemblée l'habilitation expresse du syndic à déposer la déclaration préalable au nom du syndicat : sans elle, le dossier est bloqué et il faut attendre l'AG suivante.
Le diagnostic de performance énergétique collectif, l'audit énergétique et le projet de plan pluriannuel de travaux fournissent les arguments techniques du vote ; le fonds de travaux permet d'amortir l'appel de fonds. Côté financement, les dispositifs publics restent mobilisables (MaPrimeRénov', dont le volet copropriété, certificats d'économies d'énergie, TVA à taux réduit, éco-prêt à taux zéro collectif) : leurs conditions évoluent régulièrement, il faut donc les vérifier au moment du dépôt et faire réaliser les travaux par une entreprise qualifiée RGE.
Le calendrier réaliste d'un projet avec démarches
Le chantier lui-même est court. Ce sont les autorisations et, en copropriété, la gouvernance qui structurent le planning.
Maison individuelle : études et devis 3 à 6 semaines, montage du dossier 1 à 3 semaines, instruction 1 à 2 mois, délai de recours des tiers 2 mois, chantier 3 à 6 semaines. Soit 4 à 7 mois entre la première visite et la fin des travaux. Ajoutez le temps d'obtention des accords de financement : ne signez pas l'ordre de service ni ne démarrez avant d'avoir la confirmation écrite des aides sollicitées.
Copropriété : audit et consultation des entreprises 3 à 6 mois, attente de l'assemblée générale jusqu'à 12 mois, contestation et appels de fonds 2 à 4 mois, dépôt et instruction de la DP 2 à 3 mois, chantier 3 à 8 mois selon la taille de l'immeuble. Soit 18 à 30 mois.
| Étape | Délai | Point de départ | Ce qu'il faut retenir |
|---|---|---|---|
| Instruction de la déclaration préalable | 1 mois | Dépôt d'un dossier complet | Le silence vaut non-opposition tacite |
| Instruction avec consultation de l'ABF | 2 mois | Dépôt du dossier | Abords de monument historique, SPR, site classé ou inscrit |
| Demande de pièces manquantes | Dans le 1er mois | Notification de la mairie | Le délai d'instruction repart à réception des pièces |
| Recours des tiers | 2 mois | 1er jour d'affichage continu sur le terrain | Faire constater l'affichage par un commissaire de justice |
| Retrait d'une décision illégale par l'administration | 3 mois | Date de la décision | Fenêtre pendant laquelle l'autorisation reste fragile |
| Opposition du voisin au droit de surplomb | 6 mois | Notification au voisin | Motif légitime et sérieux exigé |
| Validité de la déclaration préalable | 3 ans | Décision de non-opposition | Prorogeable deux fois un an sur demande |
| Contrôle de conformité après DAACT | 3 mois (5 mois en secteur protégé) | Dépôt de la DAACT | Au-delà, la conformité est acquise tacitement |
Ce calendrier explique pourquoi les projets d'ITE se préparent l'hiver pour un chantier au printemps ou à l'été : les systèmes d'enduit ont des plages de température de mise en œuvre, et les entreprises sérieuses refusent d'appliquer par gel ou canicule.
Que faire en cas de refus de la mairie
Une opposition à déclaration préalable doit être motivée en droit : elle vise un article précis du règlement du PLU, un avis défavorable de l'ABF ou une règle de voirie. Lisez cette motivation avant tout, car elle indique la sortie.
- Adapter et redéposer. C'est souvent la voie la plus rapide : changer de teinte, réduire l'épaisseur, restituer une modénature, limiter l'ITE à certaines façades. Un nouveau dépôt repart pour un mois d'instruction, contre plusieurs mois de procédure.
- Recours gracieux auprès du maire. Attention à une évolution récente : l'article L. 600-12-2 du code de l'urbanisme, issu de la loi du 26 novembre 2025, fixe à un mois le délai pour former un recours gracieux ou hiérarchique contre une décision d'urbanisme, et surtout ce recours ne proroge plus le délai de recours contentieux. Il ne faut donc pas attendre la réponse au gracieux pour saisir le juge.
- Recours contentieux devant le tribunal administratif, dans les deux mois de la notification du refus.
- Refus fondé sur un avis défavorable de l'ABF : un recours spécifique peut être formé auprès du préfet de région dans un délai de deux mois. Le préfet peut substituer sa décision à celle de l'ABF après consultation de la commission régionale du patrimoine et de l'architecture, et une médiation est prévue par l'article L. 632-2 du code du patrimoine.
Dans tous les cas, un rendez-vous au service urbanisme avec les plans et un échantillon d'enduit fait gagner plus de temps qu'un courrier. Les instructeurs proposent souvent eux-mêmes l'ajustement qui rendra le projet acceptable.
Sanctions en cas de travaux sans autorisation
Une ITE non déclarée se voit : la façade change de couleur et d'épaisseur, l'échafaudage reste un mois en place. Un voisin, un agent assermenté ou un contrôle de la commune suffit à déclencher un procès-verbal, transmis au procureur de la République. Le maire peut par ailleurs ordonner l'interruption des travaux.
L'article L. 480-4 du code de l'urbanisme prévoit une amende comprise entre 1 200 € et, lorsqu'aucune surface n'est créée — ce qui est le cas d'une ITE — un montant pouvant atteindre 300 000 €. Ces montants sont quintuplés pour les personnes morales, et une récidive peut être assortie d'une peine d'emprisonnement de six mois. Le juge peut également ordonner la mise en conformité ou la remise en état.
Sur le plan administratif, l'article L. 481-1 permet à l'autorité compétente de mettre en demeure de régulariser, en assortissant sa décision d'une astreinte pouvant atteindre 500 € par jour de retard, plafonnée à 25 000 €, recouvrée trimestriellement.
S'ajoutent des conséquences civiles et patrimoniales : un voisin dont le terrain est empiété peut demander la suppression de l'ouvrage, et à la revente, le notaire comme l'acquéreur réclament la déclaration préalable et la DAACT. Une façade isolée sans autorisation devient une réserve dans le compromis, parfois une décote.
Les erreurs administratives les plus fréquentes
- Considérer que l'ITE est un simple entretien. Elle relève toujours d'une formalité d'urbanisme.
- Déposer sans avoir lu le PLU ni le nuancier. La teinte est le premier motif de demande de modification.
- Fournir des plans de façade non cotés ou sans l'épaisseur rapportée : dossier incomplet, un mois perdu.
- Confondre déclaration préalable et autorisation de voirie. Deux services, deux décisions, deux calendriers.
- Oublier l'autorisation d'occupation du domaine public pour l'échafaudage, alors que la redevance est calculée à la journée.
- Démarrer avant la fin du délai de recours des tiers, ou sans affichage réglementaire régulier sur le terrain.
- Ignorer le voisin mitoyen et découvrir l'empiètement une fois l'isolant collé.
- En copropriété, envoyer la demande d'inscription à l'ordre du jour après l'envoi de la convocation : douze mois de retard.
- Voter les travaux sans habiliter le syndic à déposer l'autorisation d'urbanisme.
- Ne pas déposer la DAACT à la fin du chantier, et se retrouver sans preuve de conformité à la revente.
- Signer un devis « démarches incluses » sans mandat écrit ni copie du récépissé de dépôt.
Questions fréquentes
Puis-je faire une ITE si ma façade est en limite de trottoir ?
Pas automatiquement. L'isolant déborde alors sur le domaine public et constitue une saillie permanente : au-delà de la déclaration préalable, il faut une autorisation du gestionnaire de voirie. La décision dépend du règlement de voirie local et surtout de la largeur de trottoir restante, la réglementation accessibilité retenant un cheminement libre de 1,40 m (1,20 m en cas de contrainte avérée). Si le refus tombe, la solution habituelle consiste à isoler cette façade par l'intérieur et à traiter les pignons et l'arrière en ITE.
Faut-il un permis de construire ou une déclaration préalable pour une isolation extérieure ?
Une déclaration préalable suffit dans la très grande majorité des cas, l'ITE modifiant l'aspect extérieur sans créer de surface de plancher. Le permis de construire redevient nécessaire lorsque l'ITE s'inscrit dans une opération plus large créant de la surface (extension, surélévation, aménagement de combles). Sur un immeuble classé ou inscrit au titre des monuments historiques, une autorisation spécifique au titre du code du patrimoine s'ajoute.
Combien de temps après le dépôt puis-je démarrer les travaux ?
L'instruction dure un mois, deux mois si l'ABF est consulté. Vous pouvez juridiquement démarrer dès la non-opposition, mais les tiers disposent de deux mois de recours à compter du premier jour d'affichage sur le terrain, et l'administration de trois mois pour retirer une décision illégale. Attendre la fin du délai de recours des tiers avant d'engager des dépenses lourdes reste la conduite la plus prudente.
Mon voisin peut-il s'opposer au débord de mon isolation sur son terrain ?
Oui, mais son opposition est encadrée. Le droit de surplomb de l'article L. 113-5-1 du code de la construction et de l'habitation autorise un débord de 35 cm maximum sur le fonds voisin, à condition qu'aucune autre solution technique n'offre une efficacité équivalente ou que celle-ci soit d'un coût ou d'une complexité excessifs. Après notification, le voisin dispose de six mois pour s'opposer, en invoquant un motif légitime et sérieux lié à l'usage présent ou futur de sa propriété. Une indemnité lui est due, et l'accès temporaire fait l'objet d'une convention.
Quelle majorité faut-il en copropriété pour voter une ITE ?
La majorité des voix de tous les copropriétaires, au titre du f) de l'article 25 de la loi du 10 juillet 1965. Si le projet obtient au moins un tiers de ces voix, un second vote peut avoir lieu immédiatement à la majorité de l'article 24 grâce à la passerelle de l'article 25-1. En dessous d'un tiers, la loi du 9 avril 2024 permet de reconvoquer une assemblée dans les trois mois sur un projet identique, statuant elle aussi à la majorité de l'article 24.
Pour aller plus loin
Le point commun de tous ces blocages, c'est l'anticipation : lire le règlement du PLU avant de chiffrer, vérifier la présence d'un périmètre patrimonial, mesurer la largeur du trottoir, parler au voisin mitoyen, et en copropriété, viser la bonne assemblée générale. Une fois le cadre administratif clarifié, le choix technique (épaisseur, système, finition) devient beaucoup plus simple à arbitrer.
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